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Au départ, projet solitaire d’Aaron Sadrin, l’aventure d’Heartlay, s’est déclinée au fil du temps en aventure collective. Mélange de rock indus, de musiques électroniques aux sonorités sombres et lourdes, ce deuxième opus confirme la maturité du groupe et sa montée en puissance. Heartlay fusionne des influences musicales variées et un univers visuel sombre et noir. Emporté sur scène par un leader transcendé, il nous donne à vivre une véritable expérience sonore autant que visuelle en live. Nul doute que Heartlay marche dans les pas des plus grands. Une belle rencontre lors de leur live le 31 janvier au 18 Marches de Moissy-Cramayel

Interview de HEARTLAY pour l'album "Attack & Agony"

Vous venez de sortir votre deuxième album, pouvez-vous nous parler de ce moment, où il ne vous appartient plus, et où il va vivre sa propre vie ?

Aaron :  Tu ne finis pas un album, tu l’abandonnes. Alors, il y a ce moment où tu estimes qu’il est à la hauteur et que tu peux l’offrir au monde. Il faut se forcer à lâcher prise sinon ça ne sort jamais.

Aaron, Heartlay est à la base ton projet perso (tu écris, composes, enregistres….), pourquoi ce processus de création solitaire ?

Aaron : J’ai toujours composé énormément seul, dans ma chambre depuis mon adolescence, en plus de mes activités dans des groupes. Un jour j’ai eu envie de prendre les armes par moi-même et de créer mon propre projet basé sur mes visions.

Il y a néanmoins cette volonté de partage, puisque tu considères que Heartlay est un véritable groupe, était-ce quelque chose que tu envisageais dès le début du projet ?

Aaron : Quand j’ai posté mon premier EP sur Internet, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Il y a eu énormément de bons retours du public et des journalistes. Ce qui m’a donné envie de tenter l’aventure humaine. J’ai donc réuni des musiciens, on a commencé à jouer sur scène et on a atteint une belle cohésion qui fait que l’on se sent aujourd’hui comme un groupe à part entière.

Je reste le seul compositeur, mais pour d’autres décisions, concernant le look, la stratégie, le marketing, l’énergie sur scène, ce que l’on y présente et la manière de jouer les morceaux ça se décide ensemble.

Comment vous êtes-vous rencontrés les uns et les autres ?

Antoine : J’ai rencontré Aaron, il y a un peu plus de 3 ans, par le biais tout à fait classique d’Internet. Il avait déjà un batteur, un guitariste et lui-même au chant et à la guitare. Il cherchait un bassiste et avait posté une annonce. Je cherchais un groupe exactement dans ce style. J’ai rencontré quelqu’un de sérieux, de motivé, prêt à se dédier à sa musique, et c’est ce que je recherchais. On s’est contacté, on s’est beaucoup plu (rires), et après un processus d’audition, ça a collé et je suis toujours dans l’aventure.

Aaron : Ce qui est important pour nous c’est d’avoir une vraie cohésion, pas seulement en tant que musiciens, mais aussi en tant que personnes avec nos goûts respectifs et notre ambition commune. Les personnes dans Heartlay ont les mêmes influences et le même état d’esprit, c’est pour ça que ça fonctionne.

Dans une autre interview, tu dis que l’album est inspiré par des émotions négatives, par ton anxiété, faut-il nécessairement être malheureux pour écrire de belles chansons ?

Aaron : Non, je ne pense pas que ce soit un critère nécessaire. Il y a des gens bien dans leur peau qui font aussi de bonnes chansons avec un caractère négatif. Au contraire, quand on est bien en soi, on arrive mieux à faire ressortir des choses intéressantes parce que l’esprit est plus au clair, ce qui n’est pas forcément incompatible avec la mélancolie. Il se trouve que ce sujet de l’anxiété, de la dépression sont des choses qui m’ont toujours beaucoup plus inspirées que les émotions positives.

Comment expliqueriez-vous votre style musical à quelqu’un qui vous découvre pour la première fois ?

Aaron : J’aurais tendance à dire que c’est du rock électronique assez sombre, et pour les spécialistes, on va utiliser des termes comme métal industriel. Un mélange de rock, de musique électronique, assez sombre, assez lourd.

On revient quand même à ce côté sombre ?  C’est quelque chose qui est présent chez toi ?

Aaron : Je crois que de toute façon, n’importe quelle œuvre artistique est la projection du cerveau de celui qui la crée. Et en même temps je ne pense pas que nous soyons des gens beaucoup plus sombres que la moyenne.

Interview de HEARTLAY pour l'album "Attack & Agony"

La pochette de l’album est superbe, avec un côté « Agony », (couleurs sombres et fragilité de l’insecte) comment s’est fait le processus de création ?

Aaron : J’avais déjà le titre de l’album. Après un brainstorming avec l’ensemble du groupe, c’est notre guitariste Xavier qui a eu l’idée de l’insecte qui pourrait ressembler à un frelon, dans la continuité de cette métaphore « Attack, Agony ». On a donc fait un test avec des petits insectes, des bourdons, mais ça n’avait pas une tête assez monstrueuse à notre goût. On voulait quelque chose de vraiment menaçant, de répugnant (rires) On est donc allé chez une amie taxidermiste, qui nous a conseillé. On a passé une matinée dans mon appartement à prendre des photos en macro de cet insecte, avec des clous, du papier brulé. On voulait une disposition de lumière qui arrive en premier plan sur l’insecte éteint, comme lors un passage avant l’autre monde.

Parlons de vos influences : quel est le premier album qui vous a marqué, qui vous a donné envie de devenir musicien ?

Aaron : Je dirais peut-être « Nevermind » de Nirvana ou « Absolution » de Muse. C’était complètement à l’opposé de ce que mes parents écoutaient. Pour moi la musique de ces groupes représentait la liberté et la catharsis, ce qui m’a beaucoup inspirée au départ, j’avais envie de me rapprocher de ces sensations.

 

Antoine : Ça n’a rien à voir avec ce qu’on fait aujourd’hui. Il y a 20 ans, adolescent, j’ai découvert Blink 182. Il y avait une telle patate que ça m’a donné envie de bouger de faire de la musique. J’ai ensuite dérivé dans un registre rock, métal, que ce soit Nirvana, Marilyn Manson, Rammstein. Toute cette grosse scène métal qu’on entend aujourd’hui, qui date de 15/20 ans et qui m’a bercé à l’époque.

Aaron : C’est d’ailleurs ce qui nous alimente toujours. D’un côté on se positionne comme un groupe moderne, de par notre production et notre esthétique, et de l’autre les années 90 et 2000 sont gravées dans l’ADN musical du groupe.

Vous avez un look dans le clip, que l’on retrouve sur scène, l’identité visuelle est-elle importante pour toi ?

Aaron : On a commencé à être plus radicaux de ce côté il y a un an environ. Le look qu’on a mis en avant dans le clip est comme un uniforme de base pour nous tous. Chaque musicien créé ensuite son personnage ; on le customise, c’est en permanente évolution.

Il était naturel et évident pour nous d’évoluer de cette manière du fait que des groupes comme Marilyn Manson, Psyclon Nine, Mushroomhead fassent parti de nos influences premières. C’est une musique d’attitude, de style, qui ne se nourrie pas uniquement de son, mais d’un univers complet avec le coté visuel qui va avec.

Comment vivez-vous les moments où vous êtes sur scène ?

Antoine : Je pense qu’il y a une sorte de bouton ON/OFF. Avant de monter sur scène on est en OFF, on monte sur scène, on entend l’intro démarrer, on est en mode ON. Ça n’a plus rien à voir avec les gens qu’on peut être en dehors de la scène. Surtout Aaron, avec sa manière de bouger sur scène, de communiquer avec le public.

Il y a une dissociation entre la vie réelle et la scène ?

Aaron : Je pense que ça à un rapport direct avec notre apparence. Au début de Heartlay, on était plus sobres et je vivais la scène moins bien qu’aujourd’hui. Puis j’ai eu l’idée de m’inspirer de Bowie qui s’inventait une entité parallèle à travers Ziggy Stardust, pour présenter une version alternée de lui mème.

On vit alors les concerts pas seulement comme une expérience musicale, mais comme une sorte de transe. Je ne sais pas si on peut dire que nous sommes personnages différents. Plutôt une maximisation de certains côtés chez nous. En tout cas c’est clair qu’il y a un avant-après.

Interview de HEARTLAY pour l'album "Attack & Agony"

Est-ce qu’il t’arrive d’être surpris par les réactions du public, tu les attends sur un titre et il réagit sur un autre auquel tu n’aurais pas pensé ?

Aaron : Ça dépend complètement du contexte. On propose une musique assez large et hétéroclite. Ces dernières années on a joué avec des groupes et des publics allant du metalcore, au rock, à la musique industrielle ou gothique. Parce qu’on a un set qui est assez varié, on peut se trouver devant des situations assez incongrues quand on constate qu’un morceau marche beaucoup mieux chez un certain type de public que chez un autre. Avec l’expérience on a fait le tri des morceaux efficaces sur scène de ceux plus orientés studio. On ne cherche pas à s’adapter en fonction du style, on reste intègres à ce que nous sommes et on voit comment ça se passe.

Antoine : Comme dit Aaron, on a quelque chose à offrir une sorte d’aventure musicale On propose, ça adhère, ou pas, le but est aussi d’aller sur l’idée de découverte.

Quels sont les projets à venir ?

Aaron : On a une jolie date qui va se faire le 3 avril à la Boule Noire, avec le groupe Porn. On prépare d’autres dates qui seront annoncées très bientôt. J’enchaîne avec la composition des prochains morceaux, un autre clip est sur les rails…

Merci à Aaron et Antoine d'avoir pris un peu de temps pour me répondre, merci à Lucile Lazare pour les photos et aux 18 Marches pour leur accueil