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Publié par Thatselody

EXCLU - Interview avec PORN pour l'album "No Monsters in God's Eyes. Act III"

C'est au sous sol de l'iconique bar parisien Black Dog situé au 26 rue des Lombards que nous avons eu le plaisir et le privilège de nous entretenir avec Philippe Deschemin, chanteur du groupe de metal industriel français PORN, pour la sortie de leur prochain album No Monsters in God's Eyes. Act III disponible le 27 mars prochain.

EXCLU - Interview avec PORN pour l'album "No Monsters in God's Eyes. Act III"

 

Loud Tv vous a interviewé il y a pile un an, on peut dire que vous ne chômez pas chez Porn !

Explique moi cette histoire du tueur en série Mr Strangler. C'est basé sur l'histoire d' un vrai tueur ou c'est totalement imaginé ?

 

C'est une histoire que j'ai inventé de A à Z mais je me suis inspiré, bien sûr, de faits divers et des différents tueurs en série qui existaient pour prendre des références à droite et à gauche. Mais c'est vraiment un personnage fictif.

 

Tu as d'ailleurs fait des études en psychologie, non ?

 

Oui j'ai fait de la psycho, mais c'était surtout de la psychopathologie de base. Il y a peu de gens qui s'y connaissent réellement. Certains se proclament spécialistes des tueurs en série mais, au final, c'est du vent car ils sont tous totalement différents, avec des motivations différentes. Certains sont considérés comme des tueurs en série alors que ce ne sont pas forcément des tueurs compulsifs mais souvent des gens qui tuent par nécessité car ce qui les intéressent à la base, c'est le fait de violer et comme ils ne voulent pas laisser la personne s'enfuir... Tu vois c'est très différent et il y en a peu qui sont juste attirés par l'acte d'homicide. 

 

Ce troisième album clôture les deux précédents actes "The Ogre Inside I et The Darkest of Human Desire II ". Prévoyez vous de faire une suite ou alors cet album marque la fin de la trilogie ?

 

C'est la fin de Mr.Strangler ! L'album clôture cette histoire, mais nous allons sortir une série de remix, qui eux, vont clôturer de manière finale, l'histoire de Strangler. Cet album reprendra le nom du dernier morceau de ce nouvel opus, qui s'appelle "Mr Strangler's last words" et va sortir à partir d'avril. On va les sortir un par un avant de sortir l'album de remix. Certains ont été fait par Combichrist, Stabbing Westward, Orgy, Mindless Self Indulgence, et aussi Chris Vrenna de Nine Inch Nails. C'est un bon moyen de clôturer cet album et finir la trilogie autour de Mr.Strangler en beauté. Nous sommes super contents d'avoir travaillé avec ces groupes là, dont j'étais fan quand j'étais gamin, comme Stabbing Westward que j'ai adoré. C'est juste extraordinaire !

EXCLU - Interview avec PORN pour l'album "No Monsters in God's Eyes. Act III"

Y aura-t-il  d'autres projets de clips que ceux déjà réalisés pour illustrer l'album ?

 

Un clip va sortir prochainement, qui a été tourné à Los Angeles et qui concerne la fin de Mr.Strangler, avec une scène de cavale, et où il finit sur une chaise électrique. Nous l'avons tourné au nord d'Hollywood, dans de grands studios. D'ailleurs c'était assez marrant. Tu passes d'une pièce à l'autre avec une ambiance différente. C'était vraiment amusant. Pour cet album, nous souhaitions vraiment rester sur une ambiance de prison, notamment pour "Some happy moments" où est présentée une scène d'interrogatoire où Strangler s'imagine en trin d'étrangler la psychiatre qui est en face de lui. Il y a aussi le clip de "Low winter hope - Part 2" que nous avons tourné dans une ancienne prison, en Suisse à Lucerne, et le prochain sera "Dead in Every Eyes" avec aussi une ambiance de prison.

 

Sur la pochette de l'album on voit justement une chaise électrique. Pour ce qui est du titre, cela évoque t-il le fait que l'on doit traiter les tueurs comme des êtres humains et non pas des monstres ? Même si leurs actes restent eux même monstrueux ?

 

Exactement ! Et c'était aussi la volonté de reprendre les arguments des gens qui sont religieux. Souvent, que ce soit les chrétiens, les musulmans ou les juifs, celui qui est en dehors du culte n'est pas forcément considéré comme un être humain. Pour eux, Dieu est le plus puissant et celui qui ne partage pas cette idée est inférieur ou presque un animal. C'est assez antinomique car s'ils écoutent leur religion, Dieu est a l'origine de toute chose vivante et tout ce qui est de la volonté de Dieu. Ce qui revient à dire que tout les êtres humains sont des enfants de Dieu par naissance même s'ils ne sont pas croyants. C'était un moyen de réhumaniser la chose, de prendre aussi les religieux à leur propre jeu. Si Dieu est tout puissant, tout revient à sa volonté et donc, même la dernière des ordures ou  celui qui ne croit pas, c'est que Dieu le veut bien, si tu pousses le truc jusqu'au bout. Je ne crois pas en Dieu et je ne suis pas religieux du tout. Tout est lié à la société. Tu ne peux pas mettre un tueur quel qu'il soit, un violeur... en dehors de la société, vu qu'il est une réponse à celle-ci. Il faut se poser la question de la société en générale. Selon moi, c'est elle qui est génératrice de tout ça...

 

Comment s'est passé le processus de composition et de production de l'album ? Vous avez bossé avec le producteur Brian Lucey, qui a déjà travaillé avec des groupes comme Manson ou encore Ghost... 

 

Je suis, en partie, à l'origine de la plupart des morceaux, pour l'écriture. Erwan, notre guitariste, bosse beaucoup avec moi. Il y a donc des morceaux où c'est lui qui a apporté de la matière et ensuite nous voyons ça ensemble pour les arrangements, les structures etc. Nous avons fait ça assez rapidement. L'idée était de pouvoir avoir ces trois albums dans un laps de temps assez court. Nous avons essayé de ne pas perdre de temps à chaque fois que nous finissions un album. Pour te dire, l'acte III était composé avant même que l'acte II ne sorte et, du coup, nous étions obligé de prendre de l'avance, pour ensuite pouvoir tourner les clips. On ne s'en rend pas compte mais, pour que tout soit dans les temps, il faut généralement s'y prendre très en avance... Avec Erwan, nous composons énormément, ce qui fait que nous avons beaucoup de matière. Cela nous permet d'écumer les trucs que nous ne trouvons pas terribles et garder ce qui vaut le coup. Le plus gros du mix, c'est moi qui l'ai fait. Nous avons ensuite finalisé ça avec Brian Lucey, qui est basé à Los Angeles. Il a fait le dernier album de Marilyn Manson. Il a aussi travaillé avec Ghost et Depêche Mode. C'était vraiment intéressant de bosser avec quelqu'un qui s'occupe de groupes récents qui cartonnent, comme Royal Blood, groupe très moderne dans son approche. Avant, nous avions travaillé avec Tom Baker, qui a fait tous les albums de Rob Zombie, Marilyn Manson, Nine Inch Nails... C'est quelqu'un de cool et qui bosse super bien. Il a de l'expérience. C'était donc intéressant, pour nous, de voir quelqu'un qui bossait avec les groupes actuels, juste pour voir comment il pourrait faire sonner une bande, et ça a très bien fonctionné. Cela s'est super bien passé !

 

Votre premier album semble plus lourd, le deuxième plus mélodique. Celui-ci est un parfait mélange des deux avec des passages électro plus présents que dans le deuxième album. Trouves-tu que le mélange des deux styles était une bonne façon de terminer ce chapitre final ? 

 

Honnêtement, nous ne l'avons pas forcément pensé comme ça. En tout cas, ce n'était pas volontaire et je pense aussi qu'il y a l'expérience. Cela représente quand même trente deux morceaux en trois ans, mixés avec le mee matériel. Tu es obligé de faire des progrès... à moins d'être le dernier des abrutis (rires)! Tu finis par être meilleur quand tu fais le même processus. C'est certain que dans le premier album, il y a forcément plus de défauts que dans celui ci. Cet album est un peu le mélange des deux car nous avons récupéré ce que nous faisions de mieux dans le premier acte et pareillement dans le deuxième. Je réécoutais il n'y a pas longtemps "The Ogre Inside I" et ça me paraissait tellement lointain... alors qu'il n'a même pas deux ans et demi. Entre temps, il y a eu le deuxième et, aujourd'hui, le troisième album. Cela me parait être une éternité alors que cela est récent. 

 

Le groupe a fait plusieurs pauses dans sa carrière, notamment en 2006 et en 2012. Cela a t-il été compliqué de le relancer en 2016 ?

 

En 2006, nous étions sur un label qui a fait faillite avec l'arrivée d'internet. Finalement, en 2009, nous avons réédité "A Decade in Glitter and Danger", dans lequel nous avons mis le premier album et l'EP, avec "Call Me". En 2011, nous avons enregistré l'album "From The Void To The Infinite" et après ça, je me suis lancé dans l'écriture du roman, ce qui a pris pas mal de temps. En 2015, nous avons sorti "Deconstruct", avec la reprise des Beatles. Puis nous avons enregistré le premier album de "An Erotic End Of Times" et ensuite nous avons commencé à faire "The Ogre Inside I". Entre 2015 et 2017 nous avons donc sorti deux albums. Souvent les gens nous disent qu'on a rien fait pendant un moment, mais si tu regardes sur ces 10 ans, nous avons fait 6 albums et les albums remix.

 

Cet album rappelle énormément l'album "Holywood" de Marilyn Manson au niveau des sonorités. Je sais que c'est une influence pour vous ainsi que Rob Zombie, Ministry, NIN.... Souhaitez-vous rester dans cette lignée du metal industriel dans le futur ? 

 

Cette appellation me va bien. J'ai d'ailleurs plus d'affinité pour le metal industriel américain que celui européen. J'aime bien cette appellation à l'américaine car elle est très vaste et tu peux même aller jusqu'à Linkin Park. Tu as des trucs qui sont très rock industriel surtout dans le deuxième album et c'est quand même un style assez large. Personnellement, c'est quelque chose que j'aime bien. J'ai encore plus l'impression de faire partie de la famille avec Chris Vrenna et Stabbing Westward... Marilyn Manson, je ne sais pas...même si je sais qu'il a écouté Porn.

 

Vraiment ? C'est dingue !

 

Oui, je sais qu'il a même pompé quelques scènes de notre clip "Last Of A Million", notamment une scène avec la pelle lorsque je passe derrière le camion. Les gars qui ont tourné le clip connaissent bien Manson car ils ont travaillés avec Tim Skold sur deux clips. Lorsque l'album "Holywood" est sorti, je ne l'ai pas aimé. Mais je l'ai réécouté récemment et c'est l'un de mes préférés maintenant ! Il est très riche et je trouve qu'il sonne plus grunge, en réalité, que rock industriel. Tu as une énergie qui est très grunge ou post-grunge qui est très intéressante et que j'aime beaucoup. C'est aussi l'un des albums où il y a le meilleur son je trouve. Il sonne beaucoup plus rock et beaucoup plus large que sur les autres albums.

 

Cela vous fait quoi de travailler, à votre tour, avec des personnes qui ont fait des collaborations avec vos artistes favoris ?

 

C'est juste hallucinant ! Nous avons beaucoup travaillé avec Chris Vrenna le batteur de Nine Inch Nails et nous sommes toujours en relation avec lui. Il bosse avec le groupe Code Orange qui a pris un tournant rock indus et il a fait toutes les programmations. Il a fait deux albums solos, dont un où Robert Smith chantait avec lui. Je me souviens lorsque j'étais gamin et adolescent, j'avais mes petites VHS avec les clips de Manson de l'album " Portrait Of An American Family". Que le gars me dise qu'il est fan de Porn, me pose des questions sur l'idée de notre trilogie... C'est extrêmement gratifiant ! Alors oui, nous n'avons pas un énorme succès commercial. Cela viendra ou pas... Mais le plus important pour moi, c'est le succès critique, d'avoir une bonne fanbase et puis, surtout, de travailler avec ces gars là. Tu recherches l'approbation de tes pairs, comme lorsque le groupe Placebo a travaillé avec David Bowie. Cela devait être dingue pour eux ! nous sommes déjà en train de bosser sur la suite. Nous avons quasiment fini un morceau avec Chris en vu de travailler sur le prochain album. Nous avons quand même un gars dans l'équipe qui a travaillé 15 ans pour Nine Inch Nails, qui a fait des albums pour Marilyn Manson ! Nous avons beaucoup de relations du côté de l'Allemagne. Nous avons tourné avec Lord Of The Lost. Chris Harms est vraiment adorable et super à l'écoute. Il a fait du mastering sur notre reprise de "Dream On" également.

 

Concernant le nom du groupe, cela fait toujours réagir les gens, de prime abord. Penses tu que l'on peut encore choquer à l'heure actuelle dans l'industrie musicale ?

 

Je pense que c'est terminé. Même si certaines personnes peuvent choquer en le faisant involontairement ou alors veulent choquer mais cela ne marche pas du tout, "Porn" c'est quand même particulier. C'est un mot tabou. Tout le monde doit faire attention, même moi lorsque je rencontre des gens. Lorsqu'ils apprennent que je suis dans un groupe, même si généralement je ne raconte pas ma vie c'est toujours un peu bizarre, surtout pour ceux qui ne sont pas du tout dans le milieu du rock. Tu as des groupes de grind comme Anal Cunt...Quand tu parles avec quelqu'un qui est dans le metal, ça va, mais quand c'est le pote d'un pote, c'est assez compliqué. Nous avons beaucoup de problèmes avec le nom à cause des religieux. Récemment, nous avons été attaqué par un groupe de féministes radicales anti pornographie. Elles nous avaient tagué à plusieurs reprises sur internet. C'était assez hallucinant, mais j'ai laissé passer pour éviter de nourrir le truc. En plus, personnellement, les discriminations c'est pas mon truc. Je suis plutôt l'inverse de tout ça. Et même dans le metal, il y a des gens qui ne nous aiment pas, qui nous donnent des leçons sur notre nom.  N'est ce pas plus stupide de s'appeler Police ou Téléphone ? Et généralement, ceux qui te disent ça, ce sont des mecs qui passent leur journée sur les sites pornographiques...Comme ceux qui font une fixette sur les homosexuels. Cela reflète leur propre problème sur leur homosexualité ou hétérosexualité. 

"Porn" est un mot assez subversif et compliqué à dire mais c'était une référence  à l'album "Pornography" de The Cure. C'est un groupe qui a énormément compté pour moi et qui est l'une de mes plus grandes influences depuis toujours. C'est aussi comme un mot magique, du fait qu'il soit énormément connoté, que les gens eux mêmes n'osent pas le dire... Et suivant les endroits il n'a pas le même pouvoir. Tu as aussi plein de gens qui nous reprochent qu'il n'y ai pas de relation directe avec la pornographie. Mais c'est ça qui est intéressant justement !

 

Un dernier mot pour vos fans ?

 

Un énorme merci à nos fans. Nous aimons bien ce truc de "Nous sommes PORN, vous êtes PORN". C'est un truc que tu construis avec le public. Sans faire de démagogie, nous sommes très heureux de partager ça avec celui-ci. Nous espèrons que la communauté continuera à grandir pour que l'on puisse leur proposer de nouveaux albums, de nouveaux clips. En espérant que ce nouvel album leur plaira...

 

[Photos : Christiane.T]

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